Virginie Rol
Gisèle
« Nous ne savons pas qui nous sommes, si nous ignorons qui nous serons. Ce vieil homme, cette vieille femme, reconnaissons-nous-en eux. »
Simone de Beauvoir. La vieillesse
Gisèle, ma grand-mère a entre 92 et 94 ans au moment de ce travail. J’aime son visage et ses rides profondes qui disent l’épaisseur de sa vie. Elle vit seule depuis dix ans dans la maison qu’elle habite depuis 1958. Elle me raconte souvent son histoire,
l'enfance, la guerre, la première maison sans eau courante, le linge au lavoir, la place du village encore sans goudron, le travail, les amis, la famille, les dates, toutes ces dates qu’elle connaît par cœur.
Jusqu’ici, sa vieillesse a été assez douce malgré la solitude. Aujourd’hui, elle a peur de tomber, le salon est devenu sa chambre et surtout elle a du mal à parler, elle qui était si bavarde. Elle ne veut pas aller dans une maison de retraite, elle espère juste un matin ne pas se réveiller …
Un jour, elle m’a dit : « Une vie c’est vite passé, on court toujours après quelque chose, on a toujours des projets, puis d’un seul coup il n’y a plus rien. »
Pour tromper l'ennui, elle fait de longues siestes l’après-midi. Ainsi, le temps passe plus vite.
À travers la figure de ma grand-mère, il ne s’agit pas seulement de raconter une histoire intime, mais aussi d’interroger ce que signifie vieillir : la lente transformation du corps, le rétrécissement du monde. Le temps, autrefois structuré par l’action et les
projets, devient attente, la maison devient à la fois refuge et enfermement.















