Gisèle 

Gisèle, ma grand-mère, à l’heure de ce travail, a entre 92 et 94 ans. J’aime son visage avec ses rides profondes qui marque l’épaisseur de sa vie.

Elle vit seule depuis 10 ans dans la maison qu’elle habite depuis 1958. 

Elle me raconte souvent son histoire : son enfance, la guerre, sa première maison sans l’eau courante, le linge lavé au lavoir, la place du village sans le goudron, le travail, beaucoup de travail, les amis, la famille, les dates, toutes les dates qu’elle connait par cœur.

Elle a eu jusqu’ici une vieillesse assez douce malgré la solitude. 

Aujourd’hui, elle a peur de tomber, elle vit au rez-de-chaussée de sa maison, le salon est devenu sa chambre, mais surtout elle a du mal à parler, elle qui était si bavarde. Elle ne veut pas aller dans une maison de retraite, elle espère juste un matin ne pas se réveiller …

Elle m’a dit un jour :

« Une vie c’est vite passé, on court toujours après quelque chose, on a toujours des projets, puis d’un seul coup il n’y a plus rien. Il faut en profiter le plus possible. » 

 

La vieillesse c’est devenir « Autre » disait Simone de Beauvoir.

Est ce qu’on est préparé à la vieillesse ? Il n’existe aucun rite de passage pour cela.

La plupart d’entre nous refuse de voir la vieillesse, c’est peut-être une façon de refuser ce que nous sommes fondamentalement, des êtres de passages. Le corps vieillissant nous oblige à regarder cette vérité en face. On finit tous par mourir. 

« Nous ne savons pas qui nous sommes, si nous ignorons qui nous seront. Ce vieil homme, cette vieille femme, reconnaissons nous en eux. » demande Simone de Beauvoir dans son appel à considérer autrement les personnes âgées.

 

Ma grand-mère a perdu ses parents, ses frères, son mari, tous ses amis, elle n’a plus personne de sa génération autour d’elle, plus personne qui la regarde comme son pareil. Elle a la chance d’avoir beaucoup de visites, et d’avoir une famille très présente. C’est une femme plutôt joyeuse, mais l’est-elle toujours lorsque nous ne sommes pas là ? Pour ne pas s’ennuyer, elle préfère faire de très longues siestes l’après-midi , elle rêve beaucoup, de son enfance, de sa mère, de son ancienne vie. Ainsi, le temps passe plus vite.